Aimer son ennemi

En aimant des ennemis, ce sont des frères que vous aimez. Ce qu’en effet tu aimes en lui, ce n’est pas ce qu’il est, mais ce que tu veux qu’il soit.

Une comparaison : voilà du bois de chêne ; un habile artisan voit ce bois non taillé coupé dans la forêt. Son art lui fait voir ce que ce bois peut devenir. C’est ainsi que Dieu nous a aimés quand nous étions pécheurs. Il nous a aimés pécheurs. Il dit en effet : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin mais les malades » (Mt9, 12). Nous a-t-il aimés pécheurs, pour que nous demeurions pécheurs ? L’artisan nous a vus comme un bois brut venu de la forêt et ce qu’il avait en vue, c’est l’œuvre qu’il tirerait de là, non le bois brut. Toi de même : tu vois ton ennemi s’opposer à toi, se déchaîner contre toi, t’accabler, te poursuivre de sa haine, mais tu es attentif au fait qu’il est homme. Tu vois tout ce que l’homme a fait contre toi et tu vois en lui qu’il a été fait par Dieu. Ce qu’il est en tant qu’homme, c’est l’œuvre de Dieu ; la haine qu’il te porte, c’est son œuvre à lui.

Et que dis-tu en ton âme ? « Seigneur, sois-lui propice, remets-lui ses péchés, inspire-lui la crainte, change-le ». Tu n’aimes pas en lui ce qu’il est, mais ce que tu veux qu’il soit. Donc, quand tu aimes ton ennemi, tu aimes un frère.